Quand l’IA rencontre la robotique

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Après avoir bouleversé les métiers du numérique, l’intelligence artificielle s’apprête à franchir une nouvelle frontière : celle du monde physique. Dans les usines, les entrepôts ou les plateformes logistiques, les progrès de l’IA rencontrent désormais ceux de la robotique. Cette convergence, suivie notamment par Robot Magazine, média spécialisé dans la robotique, porte déjà un nom : la Physical AI, ou intelligence artificielle physique.

De l’intelligence à l’action

Ces dernières années, les entreprises ont découvert des systèmes capables d’analyser des données, de comprendre des instructions complexes ou de produire du contenu. La prochaine étape consiste à donner à cette intelligence la capacité d’agir.

Associée à des caméras, des capteurs et des systèmes robotisés, l’IA peut désormais percevoir son environnement, identifier des objets, interpréter certaines situations et adapter les actions d’une machine.

C’est une évolution importante pour la robotique.

Le robot industriel traditionnel est particulièrement performant lorsqu’il répète une opération précise dans un environnement maîtrisé. Dès que cet environnement change, l’automatisation devient beaucoup plus complexe.

Les nouvelles générations de robots cherchent justement à repousser cette limite.

Des robots capables de s’adapter

L’industrie utilise des robots depuis plusieurs décennies. Ce qui change aujourd’hui n’est donc pas tant leur présence que leur capacité à devenir plus polyvalents.

Vision industrielle, capteurs, puissance de calcul et intelligence artificielle permettent progressivement aux machines de mieux appréhender leur environnement.

Un robot peut ainsi identifier la position d’un objet, adapter un mouvement ou effectuer différentes tâches sans nécessiter systématiquement une programmation lourde.

Cette évolution pourrait rendre l’automatisation accessible à des activités qui étaient jusqu’ici difficiles à robotiser.

La logistique constitue déjà l’un des principaux terrains d’expérimentation. Des robots mobiles circulent dans les entrepôts, déplacent des marchandises et assistent les opérateurs dans la préparation des commandes.

Dans l’industrie, les cobots travaillent aux côtés des salariés sur certaines opérations de manipulation, d’assemblage ou de contrôle.

D’autres secteurs commencent également à s’intéresser à ces technologies : agriculture, construction, nettoyage professionnel, santé ou restauration.

L’humanoïde, symbole d’une nouvelle génération

Les robots humanoïdes concentrent aujourd’hui une grande partie de l’attention médiatique et des investissements.

Leur intérêt tient notamment à une réalité très simple : notre environnement a été conçu pour l’être humain.

Les portes, escaliers, outils, postes de travail ou rayonnages répondent à notre morphologie. Un robot capable de se déplacer et de manipuler des objets comme un humain pourrait donc, en théorie, intervenir dans des infrastructures existantes sans nécessiter leur transformation complète.

Les démonstrations se multiplient. Mais l’enjeu industriel sera ailleurs : ces robots peuvent-ils travailler de manière fiable, suffisamment longtemps et à un coût économiquement acceptable ?

C’est probablement sur ce terrain que se jouera la prochaine bataille de la robotique.

Car une démonstration spectaculaire ne constitue pas encore un modèle économique.

Le retour sur investissement redevient central

Pour les industriels, la question n’est finalement pas de savoir si un robot est impressionnant. Elle est de déterminer s’il apporte une réponse concrète à un problème.

Quel travail peut-il effectuer ? Pendant combien d’heures ? Avec quel niveau d’autonomie ? Quel investissement nécessite-t-il ? Combien coûte sa maintenance ? En combien de temps peut-il être rentabilisé ?

La montée de l’intelligence artificielle pourrait toutefois modifier progressivement cette équation.

Un équipement industriel classique est généralement acheté pour réaliser une fonction bien définie. Si les prochaines générations de robots deviennent capables d’apprendre plusieurs missions, leur valeur économique pourrait évoluer.

La polyvalence deviendrait alors aussi importante que la performance.

Un même robot pourrait être utilisé pour différentes opérations en fonction des besoins de l’entreprise. C’est cette capacité à changer de mission qui pourrait ouvrir de nouveaux marchés à la robotique.

Remplacer l’humain ou travailler avec lui ?

La question de l’emploi accompagne inévitablement cette évolution.

Dans les faits, les industriels rencontrent déjà des difficultés à recruter sur certains postes répétitifs, physiques ou pénibles. Dans ces situations, la robotisation peut constituer autant une réponse à une pénurie de main-d’œuvre qu’une recherche de productivité.

Les premières missions concernées sont logiquement celles qui présentent peu de valeur ajoutée humaine : déplacer des charges, transporter des marchandises, répéter une opération ou effectuer certaines inspections.

L’humain conserve en revanche un avantage déterminant lorsqu’il faut improviser, communiquer, arbitrer ou comprendre une situation inhabituelle.

Le scénario qui se dessine n’est donc pas nécessairement celui d’une usine sans salariés.

Il pourrait davantage ressembler à une organisation dans laquelle humains, logiciels et machines travaillent ensemble, chacun intervenant là où il apporte le plus de valeur.

La prochaine transformation numérique sera-t-elle physique ?

Pendant vingt ans, la transformation numérique des entreprises s’est principalement déroulée derrière des écrans.

Les données ont été digitalisées, les logiciels se sont déplacés dans le cloud et une partie des processus administratifs a été automatisée.

La robotique ouvre désormais un nouveau chapitre.

En associant intelligence artificielle et machines capables d’interagir avec leur environnement, le numérique commence à transformer directement le travail physique.

Pour les entreprises, la question va donc progressivement changer. Il ne s’agira plus seulement de savoir comment utiliser l’intelligence artificielle dans leurs logiciels, mais quelles tâches du monde réel peuvent désormais être confiées ou partagées avec une machine.

La révolution de l’IA a commencé sur nos écrans. Sa prochaine étape pourrait bien se jouer dans les usines et les entrepôts.

Article écrit par Christopher Carl Louis de chez Robot-Magazine.fr 

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